Gül Yaprakları
Gül Yapraklari
2011 – CD et digital
Musicien-nes solistes invité-es :
Kaval: Sinan Çelik / bağlama: Özlem Özdil / chant: Özlem Özdil, Gülay Hacer Toruk, Aziz Hardal, Özlem Taner / clarinette: Hasan Yarımdünya / kemençe: Selçuk Balcı / balaban: Cem Ekmen / accordéon: Muammer Ketencoğlu / percussions: İzzet Kızıl / ney: Yasin Özçimi / voix: Hasan Yükselir / Titi Robin : bouzouq, guitare, ‘oud, compositions
Gül Yapraklari (les pétales de rose)
« J'ai rêvé que Yunus Emre prenait Yachar Kemal par l'épaule, et que, tels deux frères, ils visitaient le monde.»
Titi Robin
1. Seher Vakti (açış) / L’aube (ouverture)
texte: Thierry Robin / traduction turque: Gülay Hacer Toruk / musique: Özlem Özdil/Thierry Robin
bağlama: Özlem Özdil / bouzouq: Titi Robin / voix: Hasan Yükselir
« L’aube s’étire lentement, comme une jeune fille après un profond sommeil. / Cette nuit, J’ai rêvé que Yunus Emre prenait Yachar Kemal par l’épaule, et que, tels deux frères, ils visitaient le monde. / J’ai rêvé que Köroglu frappait à la porte de la maison de mon père. / Je suis de retour, le voyage a été long. / Ces détours, ces sentiers sans lune, ces fausses pistes, ces contournements, tous ces égarements étaient justes. / Ils formaient le dessein de mon destin. / je m’assois sur la terrasse qui domine la Corne d’Or à l’ombre de ta vigne. / Ce café noir que tu m’offres, il a le goût de ma vie, / je l’ai bue sans sucre, son amertume. / Sur le seuil, je dépose doucement ces pétales de roses. / Je les ai cueillies tout au long de ma route, en pensant à vous. / Qu’elles parfument votre maison. »
2. Memed ve Seyrane / Memed et Seyrane
musique: Thierry Robin
bouzouq: Titi Robin / bağlama: Özlem Özdil / kemençe: Selçuk Balcı/ kaval: Sinan Çelik / balaban: Cem Ekmen/ percussions: İzzet Kızıl
« l’automne va bien à notre étreinte, il y a le vent, les couleurs changeantes des feuilles, le soleil rasant, la pureté du ciel que l’averse a lavé, viens près de moi… »
Ce thème instrumental, en hommage à l’amour partagé d’un couple célèbre des romans de Yachar Kemal, est composé de deux thèmes « Lovari » et « Ombre » qu’on peut entendre dans les albums « Kali Gadji« , « Alezane » et « Un ciel de cuivre« . Je l’ai enregistré également à Mumbai sous le titre « Hindi Lovari« *. Les couleurs rythmiques et mélodiques qu’apportent les musiciens invités ici font vivre à cette ancienne composition une nouvelle jeunesse. Izzet Kızıl imprègne à chaque fois son phrasé d’une touchante noblesse et le kaval de Maître Sinan s’envole au-dessus des nuages.
*(n°3 des Rives indiennes)
3. Farımaz – Rumba Türkmen / « Farımaz » – rumba turkmène
texte: traditionnel / musique: Thierry Robin
chant: Özlem Taner/ guitare: Titi Robin / accordéon: Muammer Ketencoğlu / clarinette: Hasan Yarımdünya / percussions: İzzet Kızıl
Nous avons enregistré cette mélodie en forme de rumba gitane à la mode turkmène de manière très spontanée. Nous étions autour de la table de la cuisine chez Sinan Hoca et Fatma Abla nous régalait de ses petits plats (comme sa soupe de lentilles arrosée de jus de citron frais!). J’ai proposé une nouvelle mélodie originale à Özlem qui, en quelques secondes, a eu l’intuition de cette poésie traditionnelle. Muammer a tout de suite habillé l’arrangement de son accordéon si sensible et Hasan Yarimdünya a improvisé avec sa finesse coutumière. Cette fraîcheur donne tout le charme de ce morceau.
4. Can Nuru / Lumière de l’âme
texte et musique: Thierry Robin / traduction turque: Gülay Hacer Toruk
chant: Aziz Hardal / bouzouq: Titi Robin / ney: Yasin Özçimi / percussions: İzzet Kızıl
« L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, L’âme est lumière… / Je suis en chemin, seul, sous le ciel d’un crépuscule automnal, je t’en prie, prends ma main et guide moi. / Les pierres sur le sentier me parlent de toi, les brindilles que le vent balaie me parlent de toi, le vent siffle ton nom, le rossignol se souvient de ton passage, et moi, je cherche tes traces en ce monde… / L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, L’âme est lumière… / (taqsîm ney) / Quand l’orage a éclaté dans le ciel, j’y ai vu un signe de ton amour. Quand la pluie a inondé le jardin de mon coeur, j’y ai vu un signe de ton amour. Quand le feu a brûlé mon âme si fragile, j’y ai vu un signe de ton amour. Quand le monde a oublié jusqu’à mon nom, j’y ai vu un signe de ton amour… / L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, L’âme est lumière. »
Mon bouzouq, marié dès sa naissance au chant gitan méditerranéen, ressent une parenté forte et ancienne avec le chant soufi de Turquie et d’Asie Centrale. Il lui semble familier, intime. La poésie mystique de l’Islam est une source profonde d’ inspiration et je suis très heureux d’avoir pu rencontrer Aziz Hardal pour interpréter ce poème original. La pureté de sa voix me comble. Et Yasin Özçimi était là pour témoigner de la richesse d’une célèbre dynastie familiale de joueurs de ney. On peut noter des similitudes entre ce morceau et le couple bouzouq et cante flamenco que nous présentons fréquemment sur scène.
5. Gelibolu’ya dönüş / Retour à Gelibolou
musique: Thierry Robin / Hasan Yarımdünya
clarinette: Hasan Yarımdünya/ guitare: Titi Robin
Taqsîm en duo
« …je me souviens de notre jeunesse / combien de fois nous avons traversé la mer / écartelé entre les deux rives / nos coeurs déchirés… »
La première fois que j’ai rencontré Hasan, c’était dans sa famille, au sein du quartier tzigane de Gelibolu, à l’initiative de Okay Temiz, pour une création, au début des années 90. Le jeune Taner soufflait déjà dans sa clarinette. Le son de Hasan « Abi » a un parfum particulier, rempli de tendresse, et le musicien a une longue expérience des projets innovants. A une époque, nous nous sommes souvent réunis sur les scènes internationales (autour du chanteur Erik Marchand) et ça a été un plaisir pour moi de le retrouver, à Istanbul, après toutes ces années.
6. At, yilan ve bülbül (Bahar) / Le cheval, le serpent et le rossignol (Printemps)
musique Thierry Robin
‘oud: Titi Robin / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / percussions: İzzet Kızıl
« Il y a deux jours dont je ne me suis jamais languis: Celui qui n’est pas encore, celui qui est passé. »
Omar Khayyâm
C’est le printemps, le ‘oud est un jeune cheval fougueux, plein de vie, qui s’ébroue et piaffe, les percussions sont ses sabots qui martèlent le sol. Survient, glissant entre les herbes, le serpent qu’illustre le Kemençe. Puis, le rossignol chante par la voix du kaval. C’est le printemps, il n’y a pas de tension entre l’âme et le corps, entre le désir et la loi du ciel, juste une harmonie, fragile, règne, en suspens.
7. O gül yüzün / Ton visage de rose
texte et musique: Thierry Robin / traduction turque: Gülay Hacer Toruk
chant: Özlem Özdil / bouzouq: Titi Robin / bağlama: Özlem Özdil / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / balaban: Cem Ekmen / percussions: İzzet Kızıl
« Rivière de miel, petite noisette parfumée, / enfant, bien avant de te connaître, j’avais déjà rêvé de toi, et quand je t’ai rencontré, la toute première fois, j’ai aussitôt reconnu, ton doux visage… / Soleil de printemps, amande amère, / tu te souviens, nous avions cet espoir d’un monde meilleur, tu te souviens, nous voulions partager notre amour avec le monde entier. Je me souviens, il avait neigé en avril cette année là, sur ton doux visage… / Feuille de menthe, citron vert, / comme lors d’une nuit sans lune, je perçois la lumière du ciel, dans tes moments de colère, je devine encore ton doux visage… / Rivière d’encre, / je suis parti loin de toi, ai traversé tant de pays, appris à parler une nouvelle langue, mais marchant dans ces rues inconnues, dans mes moments de solitude, je crois voir briller dans les flaques sur le sol, après la pluie, ton doux visage… / Feuille de menthe, citron vert, / j’aurais aimé voir tes cheveux blanchir comme la neige, voir les rides illuminer ton regard, voir ton sourire encore plus profond, avec l’âge et la sagesse, éclairer ton doux visage… / Amande amère, soleil d’automne, / Le destin m’ a oublié dans sa course, le monde est toujours injuste avec les faibles, nous n’avons pas vieilli ensemble, mais les nuits de pleine lune, comme un signal depuis là-haut, je crois voir s’épanouir dans le ciel ton doux visage. »
« Ton doux visage » est à l’origine un thème instrumental que j’avais composé pour le disque « Ces vagues que l’amour soulève« , en 2005. Nous l’avons enregistré également en « live » pour l’album « Anita! » et ce morceau est devenu un des préférés du public. Lorsqu’ Özlem Özdil est venue nous écouter au club Babylon à Istanbul, l’hiver 2009, elle a aimé cette mélodie et m’a proposé de chanter ce thème pour notre future collaboration. La nuit même, de retour à l’hôtel, j’essayai de poser sur le papier le sentiment que j’éprouvais en jouant ce morceau. J’écrivai alors, d’un seul jet, ce qui deviendra, traduit par Gülay Hacer Toruk, « O gül Yüzün« . En Inde, où je l’ai également enregistré depuis, nous le traduirons par « Tumhara Chand Sa Chehra » ce qui signifie en hindi: « ton visage de lune »*. Le passage de ce morceau d’instrumental à chanson symbolise bien la richesse de ces rencontres, comme celle avec Özlem, sa belle voix et son subtil jeu de bağlama, dont elle est une virtuose.
* ( « Tumhara Chand Sa Chehra » n°5 des Rives indiennes)
8. Florika’nın İstanbul Rüyası / Florica rêve d’Istanbul
musique: Thierry Robin
guitare: Titi Robin / clarinette: Hasan Yarımdünya / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / percussions: İzzet Kızıl
« …Je monte lentement la ruelle de Galip Dede, / croquant la chair d’une grenade / dont le goût subtil me rappelle avec malice mes amours passées / et me remplit de désir pour le jour à venir, / dont j’ignore pour l’instant la couleur… »
J’avais composé ce thème il y a quelques années pour mon ami l’accordéoniste Rrom de Roumanie Sandu Florea. En voici aujourd’hui la version stanbuliote. (version originale dans le disque « ces vagues que l’amour soulève« , sous le titre « Florica »). J’aime beaucoup le style d’archet de Selçuk Balcı, originaire de la Mer Noire. Sa passion de la musique et son énergie sont très communicatifs.
9. Lorin / (prénom kurde)
musique: Thierry Robin / Cem Ekmen
guitare: Titi Robin / balaban: Cem Ekmen
« … La soif de la nuit appelle la rosée de l’aube… »
Comme beaucoup de gens, je suis sensible au son des hautbois de l’Est de la Turquie, du Kurdistan, d’Arménie. Cem Ekmen joue avec élégance et j’étais heureux de réunir la voix de ma guitare et celle de son balaban (également appelé duduk).
10. Lâl / Rouge
texte: Gülay Hacer Toruk
musique: Thierry Robin / Gülay Hacer Toruk
chant: Gülay Hacer Toruk / bouzouq: Titi Robin / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / percussions: İzzet Kızıl
« Lâl lâl / Lâl est ta couleur, Lâl est ton pays, Lâl est ta passion, / lâl est ta passion, Lâl est ton destin, ton chemin / Lâl e lâl e lâl e, lâl / Lâl est ta couleur, qui te parle et te ressemble, Lâl est ton pays, qui te fuit et qui t’assemble. / Au creux de mon âme, je t’attends et je supplie. / Chemise de flamme, tu as attisé ma vie… / Brûle et suis ta route, va vers d’autres rives, le long de tes doutes, va ton chemin… / partie turque traduite: et je suis douce et je suis amère / moi aussi de cet arbre suis la branche / chemise de flamme, de mon âme le feu brûle et puis ira, son chemin… / chemise de flamme, de mon âme, le feu brûle et puis ira, son chemin… / sans voix, je suis devenue sans voix, délabrée je suis, sous ta coupe, / montagnes, de chemins en chemins, de chemins en chemins / ô montagnes, suis arrivée au milieu de ma route. »
Il y a de nombreuses années, alors que je tournais en France avec mon groupe « Gitans », une jeune fille était venue nous rencontrer et avait ému tout le monde par la pureté de sa voix. Elle était originaire d’une famille turque de France et commençait à chanter sur scène. En 2000, je l’invitai en studio pour deux chansons, dans l’album « Un ciel de cuivre » et la simplicité de son chant était exemplaire, là où on cherche trop souvent à séduire, à épater, elle chantait comme l’oiseau sur la branche, vers le ciel. Depuis, elle a fait beaucoup de chemin, est chanteuse professionnelle et il était important pour moi de l’inviter pour ce disque, où elle fait le pont entre la France et la Turquie, grâce à ses deux cultures. Elle interprète ici un chant en mêlant dans son poème ses deux langues française et turque. Nous sommes nombreux à avoir un héritage multiple et nous cherchons chaque jour cette harmonie fragile entre nos deux coeurs.
11. Kalktık Horasan’dan sökün eyledik / C’est du Khorassan que nous sommes venus
texte: traditionnel, Yachar Kemal / traduction: Münnever Andaç / musique: Özlem Özdil – Thierry Robin
bağlama: Özlem Özdil / bouzouq: Titi Robin / voix: Hasan Yükselir
« C’est du Khorassan que nous sommes venus… Nous avons coulé sur ce sol, pareils à une eau limpide. Nous arrivâmes en Anatolie et les montagnes de Kayséri surgirent devant nous. Hautes, pures, altières, belles, baignées de clarté. Nos chevaux au long cou, aux yeux de rubis… Dans la plaine de Kharan et en Mésopotamie, nos cent mille tentes de crin noir se posaient, pareilles aux aigles majestueux. Nous avons tournoyé dans nos danses, par milliers, mêlés à des milliers de gazelles, trois jours et trois nuits, quarante jours et quarante nuits durant… »
Yachar Kemal est un des grands romanciers du siècle, il m’ accompagné depuis longtemps, grâce aux magnifiques traductions en français de Münever Andaç et Güzine Dino. Il est à la fois très turc, par sa connaissance profonde de la culture de son pays, et universel par son propos. J’ai le plus grand respect pour lui, et le rencontrer à Istanbul lors de l’enregistrement a été un moment de joie. Hasan Yükselir a accepté de prêter sa voix profonde à ce texte d’inspiration traditionnelle. Il raconte l’arrivée des tribus turkmènes en Anatolie depuis le Khorassan, berceau historique de beaucoup de courants philosophiques et artistiques qui ont marqué ces Rives.
12. Akdeniz Roman / Gitan méditerranéen
musique: Thierry Robin
bouzouq: Titi Robin / clarinette: Hasan Yarımdünya / kemençe: Selçuk Balcı / percussions: İzzet Kızıl
« Je bois pour être juste. / Alors, mon ivresse est sagesse. »
Je suis un musicien de culture gitane méditerranéenne, et ce morceau, appelé à l’origine « Mehdi », est un des plus populaires de mon répertoire (voir les CDs « Gitans« , « Payo Michto« ). Il me plaisait de l’entendre sonner avec la couleurs Rrom de mes cousins vivant sur les rives turques.
13. Farımaz – Uzun Hava
texte et musique: traditionnel
chant: Özlem Taner
Voici le chant traditionnel turkmène que Özlem Taner avait marié à ma rumba gitane. Elle le chante ici dans sa version originale, dépouillée.
bonus track:
14. O gül yüzün (version instrumentale)
musique: Thierry Robin
bouzouq: Titi Robin / bağlama: Özlem Özdil / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / balaban: Cem Ekmen / percussions: İzzet Kızıl
Version instrumentale de la chanson interprétée par Özlem özdil.
Remerciements:
Merci à Gülay Haçer Toruk et Ali Doyran pour leur aide précieuse tout au long de ce projet dont ils ont connu les balbutiements, Kerim et Ayse Selçuk et toute l’équipe de A.K.Müzik, Murat Mutluöz, Pieter Snapper, Yasemin Taşkın et toute sa famille autour d’elle, Mehmet Uzun « Shah Sultan », Sinan Hoca pour son hospitalité, Fatma Abla pour sa cuisine délicieuse, les sultanes d’Angers, Naz, Arzu, Saime, ainsi que Ufuk et Gülcan, Yachar Kemal et son épouse.
Je dédie ce disque à Yachar Abi.
Direction artistique: Titi Robin / Production turque: Kerim Selçuk pour A.K. Müzik / Assistant de production: Ali Doyran / Enregistré et mixé en janvier 2011 aux studio Duygu Müzik à Istanbul, par Murad Mutluöz. / Masterisé aux studios Babajim à Istanbul par Pieter Snapper.
« C'est du Khorassan que nous sommes venus...»
Yashar Kemal
Playlist video / Rives Turques
"Il y a deux jours dont je ne me suis jamais languis: Celui qui n'est pas encore, celui qui est passé."
Omar Khayyâm
« Je monte lentement la ruelle de Galip Dede, croquant la chair d'une grenade...»
Titi Robin
Production: Suraj / Distribution: L’Autre Distribution
Photo de couverture: Hüseyin Taşkın / Graphisme: Stanislas Potié
Presse & Promotion : Sylvie Durand / SD Communications,