Biographie et démarche artistique​

Le vrai voyage est intérieur. 

La musique se nourrit à cette source intime, 

car il n’y a pas d’ailleurs meilleur, ni d’âge d’or dans le passé.

The real journey is inside. / Music feeds on this intimate source, / because there is no better place elsewhere,/ nor golden years in the past.*

(*While waiting for an English version of this site, here is some reading through the point of view of a musical journalist: On an overgrown path, by dear and respected Bob Shingleton.)

Thierry Robin dit Titi Robin a construit dès le début de sa carrière un répertoire musical très personnel, cherchant une harmonie entre les différentes cultures qu’il côtoyait quotidiennement et l’ayant directement et profondément influencé, principalement gitanes et orientales, mêlées à l’environnement occidental. Avant que le « courant des musiques du monde » n’apparaisse, c’est au sein de ces deux communautés qu’il trouvera un écho sensible et encourageant, le milieu musical hexagonal dominant ne comprenant alors pas vraiment sa démarche. Les fêtes communautaires arabes et gitanes lui donnent l’occasion de tester la couleur originale de son approche musicale face à ces traditions riches dont il s’inspire mais qu’il n’imite pas, recherchant obstinément une voie qu’il lui semble exprimer avec le plus de justesse sa condition d’homme et d’artiste contemporain.

avec Anouman, une de ses premières formations …

Les musiciens qui l’accompagnent alors sont souvent originaires de ces minorités, comme le percussionniste berbère marocain Abdelkrim Sami qui restera longtemps à ses côtés. Dans sa démarche, pour citer quelques repères, le cantaor Camarón de la Isla, le maître du ‘oud, Munir Bashir, le chanteur Mohammad Reza Shajarian, le romancier Yaşar Kemal, entre autres, sont de ces guides esthétiques permanents dans le cheminement de Titi Robin, auxquels il fait très tôt référence.

Il en appelle également fréquemment à la poésie (Machrâb, Hafez, Seamus Heaney) et la peinture (Cézanne, Van Gogh) comme sources d’inspiration.
On trouve au sein du livret d’un de ces futurs disques cette citation de Vincent Van Gogh : Je ne sais si tu comprendras que l’on puisse dire de la poésie qu’en bien arrangeant des couleurs, comme on peut dire des choses consolantes en musique.

avec Hameed Khan /Photo Véronique Guillien

 

Les débuts, une culture méditerranéenne

Au tout début des années 1980, il commence à composer dans un style éminemment personnel, qu’il définit lui-même comme « méditerranéen », et qu’il n’a pas quitté depuis. En 1984, il se produit (à la guitare, au ‘oud et au bouzouq) en duo avec Hameed Khan, joueur de tablâ indien originaire de Jaipur. Son répertoire instrumental se constitue petit à petit, ainsi que les bases de son style d’improvisation. Un disque : Duo Luth et Tablâ, maintenant épuisé, témoigne de cet univers profondément original (sorti originellement sous forme de cassette audio à compte d’auteur sous le nom: Thierry Robin / Hameed Kawa : Nouvel An) . On y trouve certains thèmes comme « L’exil » qu’il jouera fréquemment tout au long de sa carrière et enregistrera dans de nouvelles orchestrations.

En 1987, il crée le groupe « Johnny Michto », qui mêle la rythmique berbère marocaine, le bouzouq électrifié, la basse et les clarinettes et cornemuses : une tentative de proposer au public une alternative aux nombreuses formations rock, et mariant les cultures populaires des membres du groupe. Mais là encore, c’est la communauté maghrébine qui accueille le plus chaleureusement la formation, les Français de culture occidentale ayant du mal à situer ce style aux références inédites à l’époque. Le thème « Mehdi » qui deviendra par la suite une des mélodies les plus populaires de Titi Robin est jouée ici pour la première fois.

Lors d’un concert qu’il donne à Nîmes entouré de musiciens rajasthanis, les cantaors flamencos Fosforito et Chano Lobato et le guitariste Juan Habichuela se montrent enthousiasmés par son style au bouzouq et le musicien se sent alors encouragé à persévérer dans sa propre voie malgré sa marginalité. Influencé par le flamenco, principalement dans sa forme vocale et poétique, il n’en jouera pourtant jamais et préfèrera échanger avec les artistes de ce monde musical sur son propre terrain (Il fera de même avec les autres styles qui l’inspirent, à la fois par respect et cohérence esthétique).

 

Les Trois Frères

En parallèle du duo instrumental avec Hameed Khan, qui mêle improvisations mélodiques et duels rythmiques, Titi Robin rencontre le chanteur breton Erik Marchand qui représente pour lui la culture populaire et traditionnelle la plus riche aux abords de sa région d’origine. Ils vont développer ensemble un répertoire de compositions utilisant les modes avec quarts de tons et le mariage de l’improvisation modale orientale de type taqsîm avec la gwerz, complainte monodique très ancienne dont le chanteur est alors l’un des rares dépositaires avec par exemple Yann Fanch Kemener. Ocora Radio France leur commande un enregistrement : « An Henchou Treuz » (1990) qui recevra le grand prix de l’Académie Charles-Cros et c’est l’amorce de la réunion des deux duos qui formera le « Trio Erik Marchand » pour lequel Titi Robin compose et arrange l’essentiel du répertoire.

titi robin

titi robin
Photos Véronique Guillien

Cette formation, d’une grande originalité puisqu’elle réunit un chanteur breton, un joueur de luth méditerranéen (dans un style atypique sur un instrument élaboré par son frère Patrick Robin, et doté d’un accord spécial) et un spécialiste du tabla indien (pour l’anecdote, c’est une photo de ce groupe qui illustre le premier article consacré à la « world music » dans l’Encyclopædia Universalis) voyagera beaucoup, de festivals Womad en scènes consacrées aux musiques contemporaines, du Théâtre de la Ville à Paris, au Quartz de Brest, en passant par la scène jazz qui apprécie leur démarche novatrice dans l’improvisation. Ils tourneront aussi à l’étranger, de Québec à Houston, de Marrakech à Bir Zeit. En 1991 sort le premier opus sous le nom de « Trio Erik Marchand » : « An Tri Breur (les trois frères) » au sein du label Silex. Dans les années 2000, le Trio Erik Marchand continuera de se produire épisodiquement mais sur la durée, avec cette fois Keyvan Chemirani aux percussions.

Trio Marchand avec Keyvan Chemirani, Poullaouen, 2019 / photo: Eric Legret

Gitans

Cette formation avait fait connaître Titi Robin essentiellement comme ‘oudiste (même si son style de jeu personnel est intentionnellement sensiblement différents du ‘oud arabe classique). Un disque sorti en janvier 1993 va permettre de mieux situer l’univers du musicien et l’interprète du bouzouq et de la guitare : « Gitans » est un hommage souhaité par l’artiste envers la communauté gitane qui lui a tant appris. C’est une mosaïque de rencontres entre des artistes chers à Titi Robin et qui représentent différentes branches de cette grande famille, de l’Inde du Nord à l’Andalousie, via les Balkans, d’où il puise sa vision musicale personnelle. Le répertoire est essentiellement constitué de compositions originales et ne reproduit pas un quelconque style tzigane. Il lui semble que le meilleur hommage à rendre est de créer quelque chose de neuf, qui lui ressemble, ce qui démontre paradoxalement la vitalité et la richesse de la source ici honorée. Musiciens invités : Gulabi Sapera (chant), Bruno el Gitano (chant, palmas, guitare), Mambo Saadna (chant, palmas, guitare), Paco el Lobo (chant, palmas), François Castiello (accordéon), Hameed Khan (tablâ), Francis Alfred Moerman (guitare), Abdelkrim Sami « Diabolo » (percussions), Bernard Subert (clarinette, cornemuse). Ce disque, et la formation qui va en découler, vont rencontrer un large public, réunissant à la fois les aficionados avertis et les amateurs de musique méditerranéenne. « Gitans » tournera du Japon à l’Hollywood Bowl (États-Unis), de l’Afrique du Sud aux grands festivals européens de musiques du monde. Le thème La Petite Mer, certainement le plus connu du compositeur, est issu de ce disque.

Titi Robin « Gitans »

Gitans sur France 3 en 1996, interprétant « La petite mer »

Le Regard Nu

Début 96, tranchant radicalement avec cette aventure collective, sort un disque instrumental introspectif, basé sur l’improvisation modale, « Le Regard Nu », aboutissement d’une année de recherche expérimentale. Titi Robin s’est inspiré des poses de modèles féminins, à l’instar d’un peintre ou d’un sculpteur, pour nourrir ses improvisations musicales, au ‘oud et au bouzouq, en solo. C’est une suite de tableaux musicaux. Dans le livret du disque, il cite Modigliani : « Pour travailler, j’ai besoin d’un être vivant, de le voir devant moi. » Il est fortement inspiré tout au long de ce travail par un ouvrage de Jean-Pierre Montier, « L’art sans art », qui traite de la vision esthétique du photographe Henri Cartier-Bresson. La personnalité du joueur de ‘oud irakien Munir Bachir, qui selon Titi Robin « sculptait » le silence et se laissait traverser par l’instant lors de ses improvisations, est très présente à l’esprit du musicien lors de ce travail. Partant d’une technique orientale traditionnelle spécifique, le taqsîm, il l’utilise avec à la fois un respect plus philosophique que formel et une démarche profondément iconoclaste. De la même manière que le jazz américain a pu nourrir des musiciens improvisateurs d’autres cultures qui prennent leurs distances avec le modèle original, il fait de même avec cette tradition esthétique.

photo: Louis Vincent

Payo Michto et Kali Gadji

Les tournées de « Gitans » se poursuivent, ce dont témoigne le disque live Payo Michto en 97 (Francis Varis y apparaît à l’accordéon). Les voix sont celles des frères Saadna, issus des « Rumberos Catalans » résidant au quartier Saint-Jacques (San Jaume) à Perpignan et du chanteur flamenco andalou Paco el Lobo. Le style rythmique de la rumba catalane est cher à Titi Robin, il croise le son de sa guitare mânouche avec le compás des guitares gitanes à cordes nylon. Cela devient une des couleurs emblématiques de son univers. On y entend également le souffleur breton Bernard Subert, Abdelkrim Sami tient les percussions et Gulabi Sapera apporte sa danse gitane rajasthani. En parallèle, Titi Robin souhaite trouver une voie tissant des liens avec les musiques populaires occidentales contemporaines, ce qui conduit à une nouvelle formation, incluant dans l’orchestration le saxophone, la batterie et la basse. Ce sera : « Kali Gadji » (98) Les influences gitanes et orientales, toujours très présentes, se mêlent à des textes en français ainsi qu’aux polyrythmies d’Afrique de l’Ouest. Du Maroc au Mali, en passant par la Mauritanie, Titi Robin pressent que l’histoire a lié ces cultures à la grande civilisation méditerranéenne. Les musiciens invités sont Renaud-Gabriel  Pion (saxophones), Abdelkrim Sami « Diabolo » (chant, percussions), Farid « Roberto » Saadna (chant, guitare, palmas), Jorge « Negrito » Trasante (batterie), Gabi Levasseur (accordéon), Alain Genty (basse) et Bernard Subert (hautbois, cornemuse). Cet orchestre tournera plusieurs années en parallèle de « Gitans » mais n’aura pas le même écho auprès du public et de la critique.

avec Renaud Pion et Negrito Trasante / photo Véronique Guillien

Cette même année 1998, Titi est invité à jouer en Irak, au Théâtre National de Bagdad ainsi qu’au festival de Babylone. Ce pays est pour lui la terre d’origine du grand luthiste Mounir Bachir (Munir Bashir) qui l’avait tant impressionné des années plus tôt, et qui reste une source d’inspiration permanente aujourd’hui encore. (Il rencontrera le maître du ‘oud plus tard lors d’un concert à Amann en Jordanie.) La tension présente dans la société irakienne, prise en étau entre la dictature de Saddam Hussein et l’embargo des Etats-Unis, et les événements qu’il vivra pendant et après son séjour en apprennent plus à Titi Robin sur l’état du monde que les lectures des magazines ou les journaux télévisés. Ce sera le cas également lors de ses concerts à Sarajevo, Kigali, Gaza, Jérusalem, Istanbul, Téhéran, … L’art respire à l’écart des contingences politiques et sociales, par  le recul qu’il permet et l’ouverture qu’il propose, cette autonomie amoureuse que la vie traverse dans l’expression esthétique, en toute indépendance, mais il est tout en même temps pleinement imprégné du vécu quotidien des peuples qui subissent les aléas de l’actualité, ou agissent et parfois luttent ensemble pour embrasser leur destin. Il y a des vies de femmes et d’hommes, du sang et des larmes, des joies et des rêves dont on a dû payer le prix fort, des espoirs et un désir acharné de jouissance dans les styles musicaux ou poétiques qui font la richesse de ce monde si complexe. Titi ne l’oubliera jamais.

Titi à Bagdad en 1998

Un Ciel de Cuivre

C’est en 2000 que sort « Un Ciel de Cuivre« , album qui de l’avis de l’artiste lui-même, est le disque représentant le mieux son univers musical dans sa diversité. « Je ne connais aucune autre école artistique que celles de la rue et du plaisir, car personne ne m’a appris à parler ce langage, sinon les hommes et les femmes croisés sur ma route et qui sont loin d’être tous musiciens. Il y a une vérité dans la beauté qui sourd du monde, et je polis un fin miroir qui pourrait refléter cette lumière ; ce geste est le sens de ma musique. Comme dit le Qawwal : « Des milliers de fois, j’ai plongé dans cette rivière sans fond, mais c’est dans un trou d’eau que j’ai trouvé la précieuse perle. » Le vrai voyage est intérieur. La musique se nourrit à cette source intime, au creux du cœur, sous l’étoile, car il n’y a pas d’ailleurs meilleur, ni d’âge d’or dans le passé. Chaque jour, sous un ciel de cuivre, on reprend la route, creusant un peu plus pour trouver le pain, le sel et l’or du chant profond. » Titi Robin (extrait du texte de présentation du disque). Quinze musiciens sont invités dont Farid “Roberto” Saadna, Gulabi Sapera, Keyvan Chemirani, François Laizeau, Renaud Pion, Negrito Trasante, Francis-Alfred Moerman. Une formation en sextet tournera désormais en permanence, présentant des thèmes issus de ce disque mêlés à des compositions plus anciennes. Le Titi Robin Trio (‘oud, guitare, bouzouq /accordéon / percussions) puisant dans l’ensemble du répertoire exclusivement instrumental de Titi, se produira également beaucoup à l’étranger, en particulier au Moyen-Orient (Irak, Jordanie, Qatar, Émirats, Arabie saoudite, Liban, Palestine…) ainsi qu’en Inde.

Titi Robin / Francis Varis / Ze Luis Nascimento) photo: Louis Vincent
avec les musiciens de l’Orchestre National du Qatar
Jaipur, 1999 / photo Véronique Guillien

Titi Robin et Gulabi Sapera

Depuis l’année 1992, Titi Robin n’a cessé de collaborer avec Gulabi Sapera (connue en Inde sous le nom d’artiste de Gulabo Sapera), à laquelle il a d’ailleurs consacré un livre Gulabi Sapera, danseuse gitane du Rajasthan (2000, Naïve/Actes-Sud). Elle y conte sa vie, légendaire au Rajasthan, de jeune fille nomade qui passe de la vie misérable des campements de charmeurs de serpent à la reconnaissance nationale puis internationale. Elle est fréquemment l’invitée des spectacles de Titi et la chanson Pundela issue du disque Gitans, comme La Rose de Jaipur, de l’album Un ciel de cuivre, montrent à quel point la rencontre entre ces deux artistes suscite l’émotion. En 2002 sort un opus qu’ils cosignent : « Rakhî » consacré au mariage de leurs univers respectifs, sur la base de chansons de la caste des Kalbeliyas ou du répertoire Marwari, issus du désert du Thar. Un spectacle où sa chorégraphie et les compositions de Titi Robin s’assemblent a vu le jour en septembre 2002, « Jivula », et est annoncé sur de nombreuses scènes françaises et internationales, bénéficiant d’une création lumière de Pascale Paillard. En 2006 sont produits le DVD Jivula et le CD Anita ! (Madoro Music/Naïve) contenant plusieurs films documentaires réalisés par Sergio Mondelo et présentant l’univers de Titi Robin, à partir d’un voyage andalou sur la tombe de Camarón de la Isla, mêlant interviews et images d’archives, extraits de musique sur scènes et en famille, la création musique et danse de Titi Robin et Gulabi Sapera, filmés en Inde ainsi qu’en France. (Le CD live intitulé ANITA! regroupe des interprétations sur scènes à l’automne 2005, enregistrées et mixées par Guillaume Dubois assisté de Jérôme Musiani avec un livret de photos de Louis Vincent).

photo Louis Vincent

En 2002, le compositeur réalise l’intégralité de la bande-originale du film de Manuel Boursinhac La Mentale (BO Naïve). Il relève alors le défi de répondre à une telle commande (accompagner à l’image un film policier) en utilisant exclusivement les éléments de langage de son propre style musical. En 2004, pour fêter 20 ans de carrière, paraît l’anthologie Alezane, double disque avec un livret riche conçu par le peintre et graphiste Éric Roux-Fontaine. Alezane est une sélection d’enregistrements de Titi présentée sous la forme de deux CD thématiques : « le jour » présente des titres rythmés et dansants, « la nuit » des titres plus intimistes, agrémentés d’inédits, de versions remixées et de certains titres réinterprétés.

En 2005, il y aura deux séries de productions parisiennes : 4 soirées au théâtre des Bouffes-du-Nord en février, 5 soirs au Cabaret Sauvage en novembre, à l’occasion de la sortie du nouvel album : « Ces vagues que l’amour soulève » (Naïve, octobre 2005). Alors que les enregistrements des disques précédents ont souvent été l’occasion d’inviter de nombreux musiciens, avec qui Titi Robin ne tournait pas forcément sur scène, mais qui convenaient idéalement à l’interprétation d’un ou plusieurs morceaux, pour celui-ci, il a convié un comité de musiciens plus restreint, et qui correspond en grande partie à ceux qui l’entourent pour les spectacles. Il y a avant tout ce trio fidèle (Francis Varis à l’accordéon, Kalou Stalin à la basse et Ze Luis Nascimento aux percussions) qui l’accompagne toute l’année au sein de « Jivula » (la création musicale et chorégraphique de Titi Robin et Gulabi Sapera), du quintette et du trio, et qu’il a souhaité omniprésent tout au long des morceaux de ce disque. Le cantaor flamenco Jose Montealegre, qui chante au sein du quintette, est venu enrichir une suite musicale écrite autour du ‘oud. Les frères Saadna, (Los Rumberos Catalans), avec qui il joue depuis de nombreuses années, l’ont rejoint pour clore le disque dans la fête gitane. À l’occasion de la composition de la bande originale du film de Manuel Boursinhac était présent pour la première fois un orchestre à cordes, composé essentiellement d’altos, violoncelles et contrebasses (sur des arrangements de Renaud-Gabriel Pion). Titi Robin a prolongé cette expérience ici, grâce aux arrangements de Francis Varis, sur trois thèmes.

photo Louis Vincent « ces vagues que l’amour soulève »

Cette même année était apparue sur scène une nouvelle formation : « En famille », qui réunissait autour de Gulabi Sapera et du musicien la nouvelle génération familiale (Maria, Colombe “La Coque” et Dino Banjara). Maria, au chant, et La Coque, aux percussions, l’ont également rejoint en studio pour cet album. 

photo Louis Vincent

Titi en famille à France 2 

Toujours en 2005, Titi Robin réalise (assisté de Silvio Soave à la console son et mixage, qui est son ingénieur du son attitré depuis le début des années 1990) la bande originale du film de Florence Quentin OLE! (Naïve), avec Guillaume Depardieu, Gad Elmaleh, Sabine Azéma.

Il est invité pour la première fois au Liban, pour jouer à la salle Music Hall de Beyrouth.  Au début des années 1980, il jouait toutes les fins de semaines dans un restaurant libanais d’Angers, El Khiam, en duo avec Hameed Khan. Pendant que les gens mangeaient, et ensuite, une partie de la nuit, avec les cuisiniers et les amis restés après la fermeture, il perfectionnait son répertoire et improvisait tout en dégustant des mezzés. C’était le premier « théâtre » régulier où il s’est produit. La famille Awada qui tenait ce restaurant l’accueillait comme un frère et est restée très proche aujourd’hui. Lors de ce concert au Liban, en 2005, les frères Sami et Youssef Awada et le reste de la famille étaient là pour les recevoir et décida de les emmener passer quelques jours au Sud Liban, au Khiam.

à la maison au Khiam, Gulabi dansait pour la famille Awada

L’année suivante, l’armée israélienne détruisait la maison familiale (lors des bombardements du Liban). Ce sera l’occasion pour Titi et Sami d’organiser un concert de soutien humanitaire aux victimes, dans la salle du Chabada à Angers avec de nombreux artistes dont Alain Bashung, Rodolphe Burger, Ibrahim Maalouf, Lo’Jo, …

Au milieu des tournées incessantes de l’artiste, en France comme à l’étranger, il est invité par Alain Bashung lors de sa carte blanche à la Cité de la musique en juin. Les deux musiciens se réuniront ensuite à plusieurs reprises en 2006, montrant une belle complicité et un mutuel respect.

affiche du concert à la Cité de la Musique

À l’invitation de Philippe Conrath pour le festival Africolor, Titi Robin conçoit avec le chanteur et poète réunionnais Danyèl Waro, figure emblématique du maloya, un concert réunissant leurs deux univers artistiques : « Michto Maloya ». Ils se rencontrent chez l’un et l’autre et mettent en commun leurs souvenirs d’enfance rurale de fils de travailleurs agricoles, leur passion pour une musique populaire digne et enracinée, leurs cultures métissées d’une France riche et pourtant ignorée par la centralisation hégémonique de l’Etat.  Ce concert devait être ponctuel mais devant les nombreuses demandes d’organisateurs, il prendra la route de l’hiver 2006 à l’été 2007, lors de trois tournées successives (des Transmusicales de Rennes au festival Sakifo à la Réunion, en passant par « Jazz sous les pommiers » à Coutances, le théâtre des Bouffes du Nord à Paris… 

photo: Louis Vincent / Michto Maloya

En juin, Titi Robin se rend au festival gnawa d’Essaouira (Maroc), avec Kalou Stalin et Ze Luis Nascimento. Ils se produisent en trio et présentent également un concert exceptionnel avec le mâalem Abdenbi el Gadari. Pour le musicien, c’est un émouvant retour aux sources, car la musique marocaine était très présente à ses débuts et la musique gnaoui en particulier.

Titi et Abdenbi El Gadari à Essaouira en 2006

En août 2006, c’est la rencontre initiale et mémorable sur scène entre Titi Robin et le Qawwal de Lahore, Faiz Ali Faiz, (aux Escales à Saint-Nazaire) qui évoluera plus tard en 2009 avec une création au Festival de Saint Denis, la réalisation d’un disque, « Jaadu » et de nombreux concerts internationaux. Titi compose pour cette occasion un répertoire mélodique entièrement original au service de la poésie soufie du qawwali. Cette culture mystique à travers le chant, le rythme et la poésie est chère au cœur de l’artiste et également très populaire au Rajasthan indien qu’il fréquente aux côtés de Gulabi Sapera.

En mars 2007, « Mon histoire« , le nouveau CD de la « reine des Gitans » Esma Redžepova, la voix des Roms des Balkans, se réalise avec la participation de Titi Robin (Accords Croisés). Une série de concerts pour célébrer la sortie de l’album se déroulera à Paris (New Morning) et en Arles (Festival les Suds). Ils se retrouveront épisodiquement sur scène au détour des festivals.

affiche du concert de 2007 à Paris

En décembre 2007, à l’occasion du 800e anniversaire de la naissance du poète soufi Djalâl ad-Dîn Rûmî, Titi Robin présente une création originale au théâtre Gérard-Philippe de Saint Denis, centrée sur la poésie mais qui laissera une large part au daf, une percussion iranienne sur cadre utilisée, entre autres, lors des rituels soufis. C’est la musicienne kurde iranienne Shadi Fathi qui conseille le musicien pour les adaptations en langue française des poèmes et écrit les parties de daf, accompagnée de Colombe Robin « La Coque ». Les lecteurs sont Esmaïl (persan) et Soeuf Elbadawi (français), les autres musiciens Renaud Pion (vents) et Keyvan Chemirani (zarb).

Début 2008, Titi enregistre pour Gallimard Jeunesse la partie musicale d’un livre disque illustré sur La musique des Gitans, « Le petit cheval d’étoile« . Il invite un ami Voyageur et musicien mânouche, Jean Diab (récitant) , ainsi que deux de ses enfants, Zaïdi (violon) et Teddy (guitare), Bruno el Gitano (voix et guitare), et deux filles de Titi, Maria (chant) et Colombe « La Coque » (percussions). 

Les concerts en trio et quintette (avec soit Pepito Montealegre au chant, soit Maria Robin au chant et à la danse) se poursuivent. Titi Robin est en tournée du sud au nord de l’Inde en octobre 2008 avec son trio (il tourne fréquemment sur le sous-continent) et il rédige à cette occasion, quotidiennement un blog à la demande du site de Radio France Internationale (RFI). Cet ensemble d’articles est toujours disponible.

avec Ustad Amjad Ali Khan venu les saluer lors d’un concert à Delhi

À l’automne 2008 sort « Kali Sultana, l’ombre du ghazal », nouveau projet à la fois discographique et scénique. Longue suite en deux volets, sept mouvements et trois intermèdes, cet album-fleuve est un double CD. « Il a la force et la fluidité d’un poème lyrique et épique. Les motifs mélodiques et rythmiques s’enchaînent, se répondent et se prolongent, unis par la libre inspiration d’une musique qui abolit toute distance entre la geste improvisée et la tradition écrite, la parole individuelle et le souffle collectif, la ferveur de la danse et le recueillement de l’introspection, l’attachement au réel et l’aspiration au rêve. Comme toujours chez Titi Robin, ils tissent la trame d’un récit, au centre duquel trône cette fois-ci la figure de la Kali Sultana (la « Reine Noire »). Incarnation féminine de la grâce, idéal de beauté après lequel courent tous les artistes, elle est cette muse universelle, imaginaire et pourtant omniprésente, dont tout créateur rêve d’embrasser l’indicible et insaisissable splendeur. » (extrait du dossier de présentation de l’album). S’ensuit une tournée en 2009 avec une section de cordes (deux altos et un violoncelle), et le retour de Renaud-Gabriel Pion aux vents. Ce concert se déroule sur deux heures sans interruption, toutes les pièces étant enchainées.

Kali Sultana aux Folies Bergères, Paris, photo: Véronique Guillien

Lors d’une nouvelle tournée en Palestine, en trio avec Francis Varis et Keyvan Chemirani, Titi est heureux de visiter les écoles de musique fondées dans les territoires et les camps de réfugiés par Al Kamandjati, et dont il avait soutenu la création quelques années auparavant à l’initiative de Ramzi Aburedwan

En 2017, il sera invité à rejoindre une sélection des meilleurs jeunes musiciens fraichement  issus de ces écoles palestiniennes et aujourd’hui enseignant à leur retour.

Titi et « les talents de Palestine »

Courant 2009, « Gitans » sort en édition anglaise au Royaume-Uni. Durant l’été, il rencontre à l’initiative de Brahim el Mazned, et Patrice Bulting le joueur de gumbri marocain Majid Bekkas avec lequel il crée un spectacle original, « Tala« ,  pour les deux festivals d’Agadir (Timitar) et Saint Nazaire (Les Escales) . Y participent entre autres le percussionniste Minino Garay et le joueur de ribab Foulane Bouhssine (Mazagan).

« Tala » à Agadir avec de gauche à droite: Foulane Bouhssine, Renaud-Gabriel Pion, Majid Bekkas, Minino Garay, Titi Robin, Khalid el Berkaoui.

En janvier 2010, une belle tournée indienne se déroule avec Francis Varis à l’accordéon, Ze Luis Nascimento aux percussions et Maria Robin au chant et à la danse. Ils auront le grand plaisir de se produire à Chennai dans le magnifique théâtre de bois (avec son intrigante architecture ouverte aux vents) de la célèbre école de danse Kalakshetra,  accueillis par sa directrice, la danseuse de bharatanatyam Leela Samson, sous le parrainage de Aruna Sairam, une des grandes voix du chant carnatique. Un invité les rejoindra sur scène ce soir là, le jeune virtuose de la flûte Shashank

Titi et Maria à Kalakshetra, Chennai, 2010

Titi enchaine avec quelques concerts en Algérie, pays qu’il visite pour la première fois. Il est entouré cette fois-ci, en plus de Francis Varis, de Jose « Pepito » Montealegre au chant et Alex Tran aux percussions. Guillaume Dubois, le fidèle ingénieur du son de Titi, est bien sûr du voyage, comme pour tous ses déplacements, quelles que soient les formations.

Pause à Tlemcen

Cette même année, le musicien est invité en Corée du Sud, au Sori Festival. On lui propose, en parallèle du concert de sa propre formation, de rencontrer une chanteuse de Pansori, Chae Soo-Jung, pour des ateliers workshops en public, et pour éventuellement partager la grande scène. Il ne connaissait pas cette chanteuse auparavant mais il a une grande admiration pour un film du réalisateur coréen Im Kwon-Taek , « La chanteuse de Pansori » (« Sopyonje »). Ce film parle admirablement, par delà le style spécifique à cet opéra asiatique, de la transmission dans l’art et du prix à payer pour un artiste engagé corps et âme dans la recherche de sa propre vérité esthétique. Même si la culture coréenne classique est très différente des codes musicaux qu’il a l’habitude de côtoyer, le film de Im Kwon-Taek sera pour Titi un pont qui lui facilitera grandement l’échange avec la vocaliste coréenne et son public. 

avec la chanteuse de Pansori Chae Soo-Yung

Pour son premier concert au Mali, à Bamako, en mai 2011, Titi Robin est accueilli sur scène par les grandes figures musicales que sont Toumani Diabaté, Oumou Sangaré et Bassekou Kouyaté qui sont tous venus lui souhaiter publiquement la bienvenue et interprètent avec lui quelques morceaux pour l’occasion. Cheick Tidiane Seck est également présent dans la salle. Le style de jeu de corde malien semble proche au musicien de son propre univers (il appréhende toujours cette continuité musicale depuis l’Andalousie arabe jusqu’à la Mauritanie et le Mali) et il avait déjà composé pour l’album « Kali Gadji » (et repris sur la compilation « Alezane » un hommage à la chanteuse Oumou Sangaré. Il l’avait également invitée à l’impromptu sur la scène de la Cigale à Paris en 2000. Elle organisera à son tour une soirée en l’honneur de Titi Robin et ses musiciens à Bamako.

avec Toumani Diabaté et Bassekou Kouyaté

Sur Les Rives

De fin 2009 à 2011, Titi Robin travaille à son triptyque Les Rives, projet de longue haleine qui lui tient particulièrement à cœur : enregistrer un disque dans chacun des trois pays suivants, l’Inde, la Turquie et le Maroc, autour de son répertoire avec des musiciens locaux, produit par une maison de disque locale et à destination du public local, afin de rendre aux cultures qui l’ont tant influencé ce qu’il estime leur devoir. Dans un deuxième temps, les trois CD sortiront groupés dans un coffret pour une distribution européenne et internationale. Cliquez ici pour accéder à la page détaillant le projet spécifique des Rives.

Coffret Les Rives avec CD originaux

En parallèle de ces productions discographiques, Titi Robin n’a cessé de tourner en France et internationalement. Nominé aux Victoires de la musique 2012 dans la catégorie « Musiques du Monde », il saisit l’occasion pour publier une tribune très critique sur ce genre d’évènement médiatique :
«…Dans ma carrière, j’ai soigneusement évité toute compétition. En tout premier lieu, dans l’acte de création, il n’y a pas de prix, pas de commerce, pas de concurrence. La quête esthétique motive seule ce geste… »
À l’occasion de la sortie du coffret « Les Rives », lors d’un concert à l’Institut du monde arabe à Paris en novembre 2011, il réunit une nouvelle formation avec Murad Ali Khan (sarangi), Sinan Çelik (kaval), El Mehdi Nassouli (guembri, chant), Ze Luis Nascimento (percussions) et Francis Varis (accordéon). Cet orchestre se produit régulièrement sur scène en 2012 et 2013.

Les Rives sur scène (photo Camy Verrier)

En juillet 2011, il avait présenté à Mumbai, Bengalore, Chennai et New-Delhi un quartette composé autour de lui, de Murad Ali Khan (sarangi), Vinay Mishra (harmonium) et Vinayak Netke (tablâ) pour la sortie de son disque indien « Laal Asmaan ».

Quartet Laal Asmaan à Bangalore

L’ombre d’une source avec Michael Lonsdale

En parallèle de son travail de musicien, Titi Robin n’a cessé d’approfondir une recherche littéraire et poétique. La poésie est une source d’inspiration constante de sa musique et il s’y confronte avec constance depuis trente cinq ans, sans jamais publier, hormis des participations ponctuelles à des ouvrages et au sein de ses disques, estimant que cette forme esthétique très exigeante appelle une maturité et un recul que seul le temps peut lui procurer.

Dans ce disque « L’ombre d’une source » sorti en février 2014, soutenu par la voix, la personnalité et la riche expérience de Michael Lonsdale, Titi Robin marie ses paroles musicales et poétiques au sein d’un même projet. Les voix des deux interprètes, comédien et musicien, se mêlent dans un dialogue fusionnel intense afin que ce dialogue subtil ne forme plus qu’un seul chant. Ce programme sera proposé également sur scène pendant plusieurs années.

photo Thomas Dorn

Ce travail mêlant ostensiblement la poésie lue et l’improvisation musicale aura par la suite deux prolongements scéniques:

En février 2018, suite à une rencontre avec Anne-Marie Peigné l’été précédent au festival d’Avignon, le Théâtre du Nord à Lille accueille en résidence Titi accompagné de Nuria Rovira Salat (danse) et Atika Taoualit (lecture) pour « Le goût du sel », création …

… en cours …

photo Amin Khelghat

A l’occasion de la sortie de son recueil de poèmes « Je t’ai bue sans sucre, mon amertume » aux éditions Riveneuve, Titi Robin se produit dans des librairies et médiathèques en lecture musicale, mariant récital improvisé au bouzouq et à la guitare et lecture de ses textes, en solo. En mars 2020, soudain interrompu par le confinement sanitaire, il débutait une tournée dans les cafés-librairies de Bretagne à l’occasion du Printemps des Poètes. 

Blues Méditerranéen

Taziri , le blues méditerranéen
En 2015, Titi Robin continue sa collaboration avec l’artiste gnawa Mehdi Nassouli. Après avoir enregistré ensemble l’album marocain Likaat et partagé la scène pour le spectacle Les Rives, ils abordent un répertoire original que Titi Robin a composé pour l’occasion. Taziri sort en avril 2015, un disque autour des racines du blues : le blues de l’Afrique du nord-ouest dont le Maroc fait partie, ce blues qui à tant inspiré et nourri la musique populaire occidentale. Comme le dit Titi : « Taziri est un blues méditerranéen, tendant un pont musical entre les rives nord et sud de notre mer commune » (sans traversée de l’Atlantique).

Terre de cuivre

« En l’An 2000, j’ai enregistré le disque « Un ciel de Cuivre » où il y avait un instrumental composé en hommage au célèbre poète et chanteur troubadour alevi Aşık Veysel: « La terre noire »,  qui faisait référence à sa chanson fétiche et très populaire en Turquie « Kara Toprak ». Lorsque peu de temps après j’étais invité à jouer à Istanbul pour l’anniversaire de Açik Radyo (fameuse radio indépendante), les journalistes en m’interrogeant m’ont fait réaliser que j’avais baptisé ce disque sous l’influence du livre de Yaşar Kemal, « Terre de fer, ciel de cuivre » dont le titre original est: « Yer Demir Gök Bakır ». Au moment où je vais visiter cette terre d’Anatolie, et le berceau de l’écrivain, pour la première fois (auparavant, je me produisais toujours à l’Ouest de la Turquie), j’ai souhaité nommer ce projet « Yer Bakır », « Terre de Cuivre », comme une fusion, une incarnation du ciel intérieur de mon inspiration dans ce sol si souvent rêvé. Il y a bien sûr également une lecture ancrée dans la réalité sociale du peuple turc aujourd’hui, que chacun pourra faire, de par la coloration rouge de la terre, et le travail de ce métal par coups, par martellements. » Titi Robin / juin 2017 … Pour en savoir plus sur cette tournée anatolienne de juin 2017, cliquer ici.

 

Rebel Diwana

Avec Rebel Diwana sorti en 2018, la musique de Titi Robin change de peau et d’outils, sans rien abdiquer de son langage, son âme, sa vision. Flanqué de trois jeunes musiciens de la scène jazz parisienne, ainsi que d’un joueur de sarangi et d’un chanteur indien, son auteur intensifie sa matière, en usant pour la première fois d’une guitare électrique et en posant sa voix sur ses propres mots. Rebel Diwana est un recueil de poèmes acérés et sensuels, où se confondent les figures de la passion et de l’exil. Il y trace plus profondément encore le sillon d’une expression de l’intime à nulle autre pareille, les contours d’un univers intérieur abreuvé aux sources des musiques du bassin méditerranéen, d’Asie Centrale ou du Rajasthan.

Extrait d’un autre titre tiré de Rebel Diwana: « Balles perdues » : D’ordinaire, je me plie, mais ce jour chaud d’avril, soudain, une rage pure sortit de terre et je la bénis. / Une gifle a caressé ma joue, la tempête frappe de son poing glacé aux carreaux de mon coeur mais je t’ouvrirai, chant sauvage. / Une gifle a caressé ma joue, le vent du Nord se l’est joué balle perdue, quand j’ai déchiré ma chemise neuve pour te voir nue. / Que crois tu que je suive, soldat? Qui crois-tu que je sois ? Un inconnu peut-être, oubliant jour après jour, le nom de ses ancêtres ? Celui qui craint de trahir ses frères par négligence ou par faiblesse? / Ton pays endormi, je l’ignore, je le contourne. / Je crible mon propre front de balles perdues ramassées au détours de batailles elles aussi défaites. J’incarne ma propre cible, j’écris ma propre bible, sur le front d’une guerre sans quartier. / Tu le sais, je ne suis le prophète que de moi-même. / Que crois tu que je suive, soldat? Qui crois-tu que je sois ? / Ton dushman, dushman? //Teri Hi Aankhon Mein  Basi Jo Dunia  (bis) / Farq Hai Kya Jo Dunia Ho, Ye Teri Aankhon Ka Ujaala  (bis) // Tujhse Hi Hoga Mera Har Khwaab Poora. (bis)» * Quelle différence entre la couleur de tes yeux et la couleur du monde? / Tes yeux sont les fenêtres à travers lesquelles j’entrevois la lumière du jour.

Sortie d’un recueil de poésie

« Je t’ai bue sans sucre, mon amertume » aux éditions Riveneuve.

Cliquer ici pour plus d’informations

Cette publication poétique a suscité une invitation de Titi Robin en tant qu’écrivain par le festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, avec lequel Titi avait collaboré à plusieurs reprises comme musicien, que ce soit à Saint Malo ou à Sarajevo (Bosnie).

L’éditeur Bruno Doucey sollicite un poème de Titi pour l’anthologie « La beauté » qui parait également au printemps 2019.

Cette même année, le fondateur des Rencontres d’Averroès, Thierry Fabre, lui commande un article pour la toute nouvelle revue La fabrique de Méditerranée qui sort aux éditions Arnaud Bizalion. Le sujet en est la culture méditerranéenne telle que l’artiste la perçoit, la ressent et la vit. Voici un extrait de l’article: La première fois que je me suis baigné dans les eaux lumineuses de la merMéditerranée, c’était à partir des rives nord. Le Nord-Ouest de l’Europe, je le vivais comme un lieu d’ouverture vers les cultures protestantes anglo-saxonnes, aimantées par l’Amérique du Nord. J’y devinais confusément un conditionnement social et politique qui heurtait ma fierté d’adolescent. Le Sud latin de l’Europe assumait avec plus d’assurance ses cultures populaires natives et croisait les cultures musulmanes africaines, berbères et arabes, puis glissait vers l’Asie Centrale et l’Inde du Nord. Mon pays, la France, semblait avoir du mal à reconnaitre ces racines méridionales ainsi que ses traditions populaires régionales. Cela faisait partie de son histoire, presque de son identité. Je suis finalement devenu l’enfant d’une culture souterraine d’où sont nés ma musique et mon écriture. (le texte intégral de l’article est disponible sur ce site).

Concerts en Mauritanie

Mindidi Mint Ahmed Val Cheikhou Ba Titi Robin Nouakchoitt Mauritanie
Mindidi Mint Ahmed Val, Cheikhou Ba, Titi Robin à Nouakchott

Dans la démarche musicale de Titi Robin, les musiques du nord-ouest de l’Afrique (du Maroc au Mali) tiennent une place particulière et sont liées à sa propre culture musicale. Il travaille depuis longtemps au Maroc, a également joué à Bamako mais il n’a jamais échangé avec des artistes mauritaniens, ni visité le pays. La regrettée Dimi Mint Abba est pour lui une très grande voix (il apprécie également Ooleya Mint Amartichitt). Il se rend donc pour la toute première fois à Nouakchott le 24 octobre 2019, dans le cadre de la préparation du festival Cultures Métisses, organisé par Nouakchott Music Action, avec le soutien de l’Institut Français de Mauritanie. Il se produit au sein d’ un trio composé d’une chanteuse joueuse de ardin, Mindidi Mint Ahmed Val, et du percussionniste Cheikhou Ba. Voici un extrait audio d’une séance de travail à Nouakchott, la veille du concert. 

Il y revient deux semaine plus tard, pour le festival de Chinguetti, dans le désert du Nord mauritanien, avec cette fois ci Roberto Saadna au chant et Francis Varis   à l’accordéon.

Reprise des concerts en Inde

KHUSHBOO

Le joueur de sarangi Murad Ali Khan et le compositeur français Titi Robin travaillent ensemble sur des projets artistiques communs depuis 2010, du premier enregistrement de Laal Asmaan à Bombay (Blue Frog Label) au spectacle international Les Rives jusqu’au dernier album Rebel Diwana produit en Belgique. Padma Shri Gulabo Sapera et Titi Robin ont commencé leur collaboration au début des années 90 avec l’album Gitans, le premier d’une longue série d’enregistrements, de vidéos et de nombreuses tournées à travers le monde. Murad Ali Khan invite tout d’abord Titi à Delhi, à India Habitat Center, en novembre 2015, pour un hommage, baptisé Mohabbat,  aux victimes de l’attentat qui vient de se dérouler au Bataclan (Paris). Il réunit autour des compositions de Titi les principaux invités du disque Laal Asmaan, ainsi que le poète Aalok Shrivastav . Puis il a l’idée d’inviter sur scène l’éminente représentante de la danse sapera du Rajasthan avec l’une des brillantes stars de la danse classique kathak, Mahua Shankar.

De cette rencontre originale et innovante, motivée par le plaisir de l’échange, est né ce «khushboo» (parfum) de l’âme que les langages artistiques ont pour mission de créer et de transmettre. (cliquer ici pour voir la description du projet)

Les artistes ont alors décidé de continuer l’aventure et de proposer ce spectacle sur les routes de l’Inde.

Autour de Mahua Shankar (danse kathak), Gulabo Sapera (danse sapera), Murad Ali Khan (sarangi) et Titi Robin (compositions, bouzoug, guitare), sont réunis Shuheb Hasan et Zohaib Hasan (chansons), Dino Banjara (percussions) et Amaan Ali Khan (tabla). C’est un spectacle à la fois aventureux et radical dans sa prise de risques esthétiques et profondément conscient de la force que le respect peut apporter non pas dans la forme mais dans l’esprit des maîtres de la tradition. 

Titi Robin
Khushboo team in Delhi, January 2020 (Photo Innee Singh)

RAJASTHANI QUARTET.

Cette formation est une reprise, des années après, de la formation qui avait réuni Titi, Gulabi Sapera, son fils Dinesh Kumar dit Dino Banjara, ainsi que l’excellent chanteur kalbeliya Saway Nath qui chantait dans le disque Rakhi: écouter sa voix dans Neem ou Rumba de India par exemple. Ils se sont produits à Jaipur  en 2019 et la pandémie de début 2020 a empêché une tournée du groupe au mois d’avril à travers le Rajasthan. Dès que les conditions sanitaires le permettront, le quartet reprendra ses activités sur scène. Cliquer ici pour un court extrait du quartet sur Instagram.

Titi Robin dino Banjara jaipur Gulabi Sapera gulabo kalbeliya nomade gitan
en 1999, à Jaipur, avec Gulabi et Dino dansant (photo Véronique Guillien)

Voyage à Téhéran

En 2009, invité par Nader Tabasian, de la compagnie Mahriz, Titi devait se rendre en Iran, avec son trio composé de Francis Varis (accordéon) et Ze Luis Nascimento (percussions). Au dernier moment, le concert fut annulé en raison de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence et d’une suspension de tous les événements artistiques. Ce n’est qu’en janvier 2020 qu’il a à nouveau l’occasion de faire le voyage, invité cette fois ci par Pedram Niksirat pour les Southern Nights organisées par Saazbuzz.
Cette fois-ci, l’embargo, les menaces du président des Etats-Unis et l’extrême tension internationale ont également rendu difficile le voyage. Titi a dû y aller seul, sans musiciens, et monter en 24h un trio sur place, avec Mehran Ghaedipour au kamancheh et Babak Maddah aux percussions. La rencontre entre sa musique et le public de Téhéran a été à la hauteur de ses espérances, les rencontres ont été riches et nombreuses mais la pandémie survenue un mois plus tard a empêché de prolonger comme prévu les échanges.
Lors du premier voyage avorté, Titi avait rédigé une note d’intention au sujet de son lien avec l’Iran et sa culture:
En tant qu’artiste occidental de culture méditerranéenne, la musique et la poésie persane, à parts égales, ont nourrit depuis longtemps mon inspiration et mon parcours. Ce qui m’a le plus fasciné dans la musique persane, c’est lorsqu’elle refuse l’apparence, la virtuosité gratuite, le clinquant, au profit de la recherche d’un idéal de pureté. On peut le percevoir dans le choix des timbres instrumentaux (la part du souffle dans le son du ney iranien – comme chez Ostad Hasan Kasaï -, le grain du frottement de l’archet du kamancheh, entre autres exemples). De même pour la poésie, lorsqu’elle recherche la profondeur dans la simplicité. La poésie française a semble t’il beaucoup de mal par rapport à une telle démarche, car elle redoute trop souvent de dévoiler une pensée naïve si l’image est simple, elle cherche donc à complexifier la forme comme pour prouver que l’idée l’est aussi. En ce qui me concerne, je recherche cet équilibre entre la forme et le fond que peut me procurer la poésie d’inspiration soufi.
J’avais eu l’honneur de rendre hommage à Mowlanâ Rumî, pour le 800e anniversaire de sa naissance célébré par l’Unesco. J’avais donc composé, pour cette commande d’un festival parisien, des thèmes instrumentaux inspirés par sa poésie, pour montrer l’universalité de son oeuvre, et avais invité Ali Reza Ghorbani et Eshagh Chegini pour présenter l’interprétation savante iranienne de ces textes. J’ai donc travaillé pendant une longue période (avec l’aide en particulier de Shadi Fathi) pour tenter une adaptation en français de certains poèmes de Môwlanâ et cette tâche difficile mais passionnante m’avait permis d’approcher  la musicalité de la langue farsi.
L’Iran est aussi une étape importante entre l’Europe et le Nord de l’Inde, et ayant des affinités personnelles avec le Rajasthan qui est, comme la culture hindoustani dans son ensemble, très marquée par la Perse, comme ce long fleuve culturel et philosophique qui a irrigué la civilisation méditerranéenne à travers l’Asie Centrale, il a été évident et logique pour moi de répondre positivement à l’invitation de venir jouer ici. 
Je compose et interprète une musique qui, même si son style est différent, ressent et assume une parenté heureuse avec la culture iranienne. Il me tarde donc de rencontrer le public iranien et d’apprécier également les paysages de ce pays. J’aimerais aussi rendre hommage de vive voix au maître Mohâmmad Reza Shajarian, qui est un des grands artistes vivants et pour moi un modèle d’intégrité artistique.
Titi Robin
2009

Titi Robin tehran Téhéran iran hafez ghazal poésie persane
à Téhéran, devant un hommage au poète Hafez

Retour aux sources gitanes

Titi Robin sortait en janvier 1993 une album qui marqua durablement la scène nationale et internationale et influença beaucoup de musiciens, « GITANS », enregistrement qui fut suivi de tournées dans le monde entier.  En 2019 et 2020, Titi effectue un retour à ses sources gitanes, qu’il traduit par plusieurs formations centrées autour de sa collaboration avec l’excellent chanteur gitan catalan Roberto Saadna. « Je poursuis à travers ce projet un idéal modeste mais têtu de ce que pourrait être une modernité méditerranéenne puisant aux racines de nos différentes cultures, et s’épanouissant sur ses rives et au delà. » Titi Robin

Titi Robin renoue ici avec la saveur gitane et la puissance rythmique de ses premières formations qui l’ont emmené de ce cher Théâtre Antique de la Camargue arlésienne à l’Hollywood Bowl de Los Angeles, en passant par le Tata Theater de Bombay.

Titi Robin et Roberto Saadna ont commencé a collaborer à la suite de la sortie de l’album « Gitans » (1993) où l’artiste angevin invitait des membres de la famille Saadna, musiciens issus du quartier gitan Saint Jacques de Perpignan, spécialistes réputés de la rumba catalane. Titi accueillera ensuite régulièrement ce guitariste et chanteur imprégné d’une forte culture méditerranéenne pour ses autres projets discographiques, de « Un ciel de cuivre » à « Kali Gadji ». Pour le sextet MA GAVALI, ils sont entourés de Roberto Saadna Junior et Chris Mailhe aux choeurs et palmas, tous deux également issus de ce même berceau de la culture gitane. Les fidèles Francis Varis à l’accordéon et Ze Luis Nascimento aux percussions consolident ce bel orchestre. Titi et Roberto tournent également en duo et en quartet avec le même répertoire. (voir dates en page calendrier)

photo Jordi Oliver (Welcome en Tziganie)

Depuis le printemps 2020, et la survenue de la pandémie mondiale, les tournées se sont interrompues, les spectacles ont été annulés pendant quelques mois et reprennent doucement, sans qu’on sache vraiment ce qui sera possible de présenter sur scène, et comment. Allez sur l’agenda pour suivre les dates des concerts et sur la page actualités pour connaître les futurs projets de Titi Robin.